Nouvelles réalités de la diffusion 1/3 : le diffuseur…

En préparation à un atelier de RIDEAU sur les nouvelles réalités de la diffusion artistique, Frédérick Gravel et Katya Montaignac ont répondu aux questions de Caroline Lavoie à partir de l’expérience de La 2e Porte à Gauche.

LES MULTIPLICITÉS DE LA DIFFUSION : NOUVELLES RÉALITÉS…

Chapitre 1 : Diffuser autrement…

Caroline Lavoie : À La 2e Porte à Gauche, vous avez beaucoup diffusé vos spectacles hors les lieux de diffusion « conventionnels ». Pourquoi ?

Frédérick Gravel : En fait, ce n’est pas venu d’un désir de ne pas jouer dans les lieux de diffusion officiels, c’est dû au fait que nous, à La 2e Porte à Gauche, on questionne l’espace de représentation. On savait, dès le départ, qu’on voulait créer des œuvres qui nous permettraient d’explorer des façons de faire, différentes de ce qu’on ferait normalement.

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Les chorégraphes Frédérick Gravel et Emmanuel Jouthe dans le bain du 9 1/2 à partager de La 2e Porte à Gauche diffusé par Tangente en 2009 | Photo : Elaine Phaneuf

On ne s’est pas dit : « On ne veut pas jouer dans les lieux de diffusions officiels », c’est plutôt parti de notre questionnement sur « Comment rencontrer le public au-delà de la salle de spectacle ? » On avait envie d’ouvrir de nouveaux espaces de représentation et de diffusion.

Ces modes de diffusion «hors les murs des salles conventionnelles» nous forcent à sortir de nos modes de création habituels. Ils nous poussent à repenser la relation au spectateur dans la création chorégraphique.

C.L. : Est-ce qu’on peut donc dire que votre « façon » de présenter vos spectacles au public, est en lien avec votre mandat artistique ?

Frédérick Gravel : En fait, on peut dire que le fait de présenter hors les murs fait partie des « conséquences » de notre mandat, c’est-à-dire que c’est à cause des explorations qu’on voulait faire qu’on a, entre autres, dansé sur des coins de rue ou ailleurs. Nous avons envie de « jouer » avec les codes de la représentation, de présenter nos œuvres dans différents lieux, d’amener la danse ailleurs. En fait, on a le désir d’amener la danse vers les gens, de l’amener dans les vitrines, ou dehors sur les coins de rue, dans les parcs…

Pour nous, oui, il y a l’idée de présenter la pièce dans des lieux inusités, mais il y a surtout l’idée d’explorer, d’expérimenter les diverses façons de jouer, de danser dans un contexte autre que la salle de spectacle. Car les chorégraphes et les interprètes doivent « penser » la création en fonction du lieu et de la manière dont pourrait être vue l’œuvre par le public. On explore ainsi également de quelle façon les spectateurs observent et reçoivent l’œuvre chorégraphique lorsqu’elle est présentée en dehors du cadre officiel de la représentation.

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L’équipe de La 2e Porte à Gauche en 2008 sur l’esplanade de la Place des Arts pour l’événement The Art (prononcez dehors) : Frédérick Gravel, Amélie Bédard-Gagnon, Katya Montaignac, Marie Béland et Johanna Bienaise | Photo : Anne Massot

C.L. : Au début, lorsque vous avez présenté vos événements hors les lieux de diffusions spécialisés en danse, avez-vous senti des tensions avec les diffuseurs ?

Katya Montaignac : Au contraire, ils ont assisté à nos événements et sont venus nous chercher pour qu’on travaille ensemble. Après avoir créé The Art (prononcez dehors) en 2006 au Carré St-Louis, on a reçu l’année suivante une commande de Paul-André Fortier qui était en résidence à la Cinquième salle de la PDA puis une collaboration avec la Place des Arts, en 2008, pour reprendre l’événement sur l’esplanade. Même chose pour le Bal Moderne : on a d’abord loué une salle et on s’est auto-produit une première fois. Les diffuseurs nous ont ensuite passé des commandes.

C.L. : Vous collaborez donc avec les diffuseurs ?

Frédérick Gravel : C’est clair qu’au début, nous avions le désir de présenter nos œuvres devant le public et de ne pas attendre que les diffuseurs nous choisissent et nous programment dans leurs lieux. Alors, on créait des occasions de rencontrer le public. Maintenant, on est davantage en lien avec des diffuseurs, on diffuse nos spectacles en collaboration avec eux. On est dans leur brochure et ils vendent les billets.

Katya Montaignac : Bien que nos jauges soient plus petites pour nos projets in situ qu’une salle de théâtre traditionnelle, on la remplit et on joue parfois plus de fois. De plus, le diffuseur économise sur les frais de salle. Enfin, le public qui assiste à nos événements représente de nouveaux publics potentiels pour le diffuseur.

Frédérick Gravel : Nous ne nous sommes jamais vu comme un diffuseur, on est plutôt des idéateurs de projets… On vend la majorité de nos événements à cachet. On ne veut pas être « diffuseur ».

Katya Montaignac : On travaille en complicité étroite avec les diffuseurs spécialisés en danse ou non. En tant que diffuseur, l’Agora nous a non seulement épaulé pour « dealer » avec un bar de danseuses nues et a signé directement une entente avec. L’Agora a également agi comme entremetteur pour notre création avec l’Hôtel Le Germain de Montréal. Pour nous, le diffuseur devient un véritable complice artistique.

À suivre : Chapitre 2 : Impliquer le public

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